












Nous sommes mardi le 5 mai, le soleil se leve sur Pokara. Depuis la terrasse du Karma Guest House ou nous logeons, nous pouvons encore contempler quelques-uns des hauts sommets de la chaine des Annapurnas. Pour nous, c'est une maniere de savourer ce qu'il reste de la Montagne, le trek etant desormais derriere nous. Apres 15 jours a chausser nos bottes de marche, a porter nos sacs a dos et a rouler/derouler nos sacs de couchage, nous consacrerons les prochains jours ici a bien dormir, a bien manger et a revenir doucement a la realite. Parce que bien nous sommes en Asie depuis pres de 3 mois maintenant, les deux dernieres semaines ont ete en soi toute une aventure, un voyage dans un voyage. Sans doute nous faudra-t-il du temps pour en apprecier toute la portee et digerer la multitude d'images que notre cerveau a enregistree pendant que nous marchions. D'ores et deja, nous pouvons affirmer que c'est avec ce trek autour des Annapurnas que nous avons vecu les moments les plus forts de notre voyage. Alors que l'Asie du sud-est nous avait confrontes a des epidoses de frustration, d'impatience et parfois meme de deception, dans les montagnes du Nepal, nous avons vite ete projetes au 7e ciel et nous y sommes restes pendant nos 15 jours de marche. Parfois, on apprend a rever d'un endroit via une photo dans une revue ou une carte postale. Puis, on arrive sur place et on est un peu decu par la realite parce qu'elle est finalement en-dessous de nos attentes. Dans la region des Annapurnas, c'est le phenomene contraire qui s'est produit. La nature est tellement splendide, les paysages tellement grandioses qu'on est constamment emerveille devant la beaute de ce qui nous entoure et qu'on passe son temps a tourner la tete de tous les cotes pour ne rien manquer. Le circuit de l'Annapurna a ceci d'interessant qu'il permet de traverser une variete de zones climatiques. Durant les premiers jours, on evolue dans un milieu sub-tropical: bananiers, bambous, rizieres en terrasse, vallee fluviale et humidite sont au rendez-vous. Puis, lentement le paysage change: la vegetation se rarefie, des forets de pin apparaissent, la secheresse s'installe, le sable et la poussiere gagnent du terrain, les sommets enneiges se devoilent progressivement sur fond de ciel bleu. C'est le climat alpin qui prend forme, habitat des yaks et des mustangs. Lors de la derniere journee de montee, on marche sur une moraine glaciere dans un desert de roches, avec les plus hauts sommets du monde juste a cote de nous. Quand on franchit Thorung La, le col le plus haut, on est a 5416m. Quand on pense que quelques jours plus tot, on etait a peine a 400m, on prend conscience du chemin parcouru. La descente elle s'amorce dans un milieu ultra aride domine par le vent et le sable. Le sol rougeatre est fracture par des canyons plus ou moins profonds. Puis, une autre valle fluviale s'etale devant nos yeux, celle de Kali Gandaki; c'est la plus profonde au monde. Enfin, nos dernieres foulees s'effectuent dans une foret de rododhendrons geants envahis par le lichens et peuplee par des oiseaux tropicaux qu'on voit rarement mais dont on entend toujours le chant. A cette diversite ecologique correspond une diversite ethnique. Et c'est la l'un des autres grands attraits de ce trek: le fait de marcher de villages en villages et donc de toujours cotoyer les populations locales. Gurung, Thakali, bouddhistes aux traits tibetains... on decouvre toute une variete de cultures et l'on assiste, le temps d'un repas ou d'une nuitee, a un mode de vie. Mais le trek autour des Annapurnas, ce fut aussi pour nous une histoire d'acomplissement personnel et de depassement. Apres deux mois a nous promener en gougounes et a nous ecraser les fesses sur des bancs de bus et de motos, nos corps avaient quelque peu perdu l'habitude de l'effort. Deux bonnes journees furent necessaires pour nous adapter a la rigidite de nos bottes et au poids de nos gros sacs a dos. Ces derniers, passablement lourds, rendaient chacune de nos montees plus exigeante pour nos muscles et chacune de nos descentes plus difficile sur nos articulations. Neanmoins, assez rapidement, nous avons regagne notre forme et trouve notre rythme de sorte que des journees de 6 heures de marche (sans compter les pauses) nous parurent tout a fait confortables. A notre grande surprise, bien que nous etions charges, notre vitesse de marche s'avera plutot rapide si bien que nous avons du mettre un frein a notre progressions afin de laisser a nos corps le temps de s'acclimater au changement d'altitude. Pour cause, plus on monte, moins il y a de pression et d'oxygene dans l'air. Un corps mal adapte s'en ressent et manifeste differents symptomes: maux de tete, nausee, insomnie, rythmes cardiaque et respiratoire eleves, vertiges... Bien que ces symptomes soient generalement benins, ils sont comme un signal d'alarme et il importe d'en tenir compte en ralentissant l'ascension. Autrement, c'est le mal aigu des montagnes, potentiellement fatal, qui nous guette. A 5000 m d'altitude, l'oxygene presente dans l'air est reduite a 50%. Dans ces conditions, marcher sur le plat avec les sacs a dos que nous avions constituait un effort en soi. Or, le matin de notre derniere journee de montee, 1000m de denivelle nous separait du col de Thorung La. Il nous paru donc judicieux d'adopter l'attitude du "petit train va loin", en progressant un pas a la fois afin de ne pas trop nous essouffler et ainsi tomber en dette d'oxygene. C'est donc lentement mais surement que nous avons atteint le point le plus eleve de notre trek. Apercevoir au sommet du col les drapeaux de prieres flotter dans le vent fut pour nous un moment d'une grande intensite, charge d'emotions, melange de fatigue, de soulagement, de fierte, d'emerveillement et de joie brute. C'est grace a nos efforts soutenus et a notre volonte que nous nous etions rendus jusque la. Mais pendant un instant, je crois que nous avons eu l'impression d'avoir ete transportes par quelque chose de plus grand que nous et nous nous sommes sentis privilegies d'etre si haut, si pres du ciel.
1 commentaire:
Pour nous notre plus grande fierte c'est de realiser que notre fille ait reussi cet exploit peu ordinaire.Tu nous sembles illuminee par tant de beaute.Tu rayonnes sur les photos.Nous avons encore de la difficulte a croire que tout ceci est reel.Jacques est magnifique avec les baguettes dans les airs.Nous ressentons sa fierte a travers cette photo. La barbe lui va a merveille.
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