vendredi 27 mars 2009

Ventiane




De Luang Prabang, nous avons directement mis le cap sur Ventiane avec l'intention de fuir le Nord du Laos en proie aux flammes. Les amateurs de montagnes en nous commencaient a rager de voir toutes ces forets incendiees et de n'avoir jamais aucun point de vue sur les paysages environnants. A Ventiane, nous n'avons pas eu ce probleme. Mais la ville, capitale du pays, nous a plutot laisse indifferents. C'est une grosse ville administrative sans personnalite ou la circulation est plutot agressante et ou les sites d'interet sont rares, si ce n'est de quelques temples et d'une arche de triomphe. Ventiane compte tout de meme quelques bons cotes: sa situation sur la rive est du Mekong qui offre de beaux couchers de soleil, sa pleiade de restaurants pour falangs en mal de bouffe occidentale et ses services hospitaliers a peu pres decents (les seuls du pays). Me sentant entre aussi bonnes mains, j'en ai profite pour me taper une bonne gastro qui nous a cloue dans cette ville 4 nuits plutot que 2. La veille nous etions alles visiter le marche et ce que nous y avions vu et senti nous avait paru particulierement ecoeurant. Nous en sommes sortis un peu degoutes mais nenmoins determines a essayer une bouffe typiquement laotienne le soir venu. Ce souper fut franchement atroce. A defaut d'essayer la peau de grenouille frite et autres bizzareries peu ragoutantes au menu, nous nous sommes refugies dans une salades de boeuf hachee (agrementee de morceaux de quelque chose, peut-etre de la peau de buffle), d'un plat de gloires du matin et d'un bol de sticky rice. La suite de l'histoire se resume a un intense mal de tete, une montee de fievre et des visite innombrables aux toilettes. Apres cet episode, nous avons senti monte en nous un intense gout de confort. Nous avons donc termine notre sejour a Ventiane dans une chambre climatisee a regarder TV5 monde.

Luang Prabang










Luang Prabang a la reputation d'etre la plus belle ville du Laos. Elle a d'ailleurs ete classee par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanite. Fraichement desencastres de notre slowboat, nous n'avons pas eu a marcher bien longtemps dans ses rues pour etre frappes par son charme architectural et son cadre naturel privilegie (au confluent du Mekong et du Nam Tam). Elle s'inscrit dans une categorie a part. De nombreux travaux de restauration aidant, elle comprend un joli centre historique qui met en valeur des batiments de l'époque coloniale n'ayant pas plus de deux etages de hauteur. Dans les rues, pas de voitures, quelques motos et beaucoup de velos. Tout est propre, paisible et harmonieux. Rien a voir avec les villes thailandaises, invariablement crasseuses. Si la Thailande est le seul pays d'Asie du sud-est a avoir su resister a la vague colonisatrice, le Laos lui y a goute. L'epoque de la presence francaise est sans doute la plus marquante et on en voit encore largement les traces aujourd'hui. Ici, on joue a la petanque, on mange des baguettes, la poste s'appelle La Poste et il est possible de se commander une petite bouteille de vin un peu partout (moyennant un prix malheureusement exorbitant). Nous avons profite de notre sejour a Luang Prabang pour sillonner les rues de la ville; apres une journee, nous les avions toutes marchees. Le lendemain, nous nous sommes donc loue des velos pour aller voir les chutes de Kuangsi situees a 35 km, esperant traverser sur notre chemin quelques villages. Les chutes en question sont vraiment splendides, feeriques meme, se deversant dans la jungle du haut de leur 50 m pour se terminer en une serie de cascades coulant doucement dans des bassins d'eau turquoise. Tres invitant pour la baignade. Quant a la randonne de velo, elle nous a permis de traverser des villages Hmong, ethnie tres presente dans le coin. Ces temps-ci, ceux-ci s'adonnent a leur corvee annuelle: les brulis. Village apres village, nous les avons vu en rang le long des routes: le peleton du devant coupant la vegetation, celui du milieu faisant des tas que le groupe fermant la marche enflammait. L'on comprendra que, par consequent, la region de Luang Prabang est completement emboucannee. D'ailleurs, ici il pleut des cendres de vegetation. Ou qu'on soit, on a l'impression de se trouver du mauvais cote d'un feu de camp, celui ou toute la fumee nous arrive dans le visage. Pedaler dans de telles conditions est un peu debile mais nos difficultes respiratoires ont ete largement compensees par les enfants qui, tout au long de la route, se ruaient vers nous par troupeaux pour nous saluer ou nous taper des high five. Pour terminer notre journee en beaute, nous sommes alles nous relaxer dans une petite maison offrant des saunas aux herbes et du the a volonte, le tout pour la somme ridicule de 1,5$. Nous allions nous ennuyer de cette sympathique ville.

mardi 24 mars 2009

La descente du Mekong








Comme prevu, notre incursion au Laos a debute avec la descente du Mekong de Houexai jusqu'a Luang Prabang, en passant par Pakbeng, en SLOWboat (plus de 325 km). Ces bateaux, qui ressemblent plus a des conteneurs a humains ambulants, ont ete concus pour acueillir entre 30 et 50 personnes. Mais comme leurs proprietaires se sentent particulierement accueillants a l'egard des touristes par les temps qui courent, nous etions plutot une centaine a nous entasser a l'arriere du bateau, la section avant etant implicitement reserveee aux Laotiens. Il va s'en dire que les conditions du voyage furent des plus spartiates. Une des photos vous en donnera un apercu et il est a noter qu'elle fut prise avant qu'on embarque a bord quelques dizaines de poches d'oranges et de papayes vertes. Apres cet evenement, nous etions encore plus empiles; certains voyageurs ont elu domicile sur le moteur qui menait un veritable boucan, d'autres dans la cuisine entre un sceau rempli d'escargots et les poules. C'est donc ainsi que durant 15 heures, nous avons doucement descendu ce fleuve mythique qu'est le Mekong. Tout compte fait, l'aventure en valait le coup car les paysages qui ont defile devant nos yeux etaient vraiment magnifiques: plages sablonneuses tantot desertes, tantot peuplees de troupeaux de buffles, gros rochers emergeant de l'eau, villages anonymes se resumant a quelques huttes de bambous, et partout, comme sorties de nulle part, des enfants avec un sourire fendu jusqu'aux oreilles qui accouraient vers notre bateau en criant sabaidi, le bonjour laotien...en somme le remede ideal pour vous soulager des maux de dos et des crampes aux fesses qui ont tendance a se faire sentir durant la descente. Autrement, il est toujours possible de se rabattre sur la biere lao que des "hotesses" ne manquent pas de nous proposer tout au long du voyage et sur laquelle les Laotiens ne levent pas le nez. Il faut dire que si la biere thailandaise etait bien bonne, cette bia lao est vraiment excellente. Meme si elle a tendance a se rechauffer au fil des heures de la journee, son gout reste toujours delicieux. Et comme nous etions entrain de nous dire qu'il etait difficile d'avoir le corps plus endolori par nos sieges de bois, nous avons apercu les premiers batiments de Luang Prabang, d'architecture eminement coloniale... et nous nous sommes soudainement sentis bien loin de la Thailande.

mercredi 11 mars 2009

A un jet de pierre du Laos






24 heures avant l'expiration de notre visa en Thailande, nous sommes a Chiang Kong, un petit village thailandais sur la rive ouest du Mekong. De l'autre cote, c'est le Laos. Demain, a la premiere heure, nous prendrons le traversier et passerons au travers des differentes procedures pour obtenir notre visa laotien. Si tout va comme prevu, a 11h00, nous serons sur le bateau qui nous fera descendre le Mekong durant les 2 jours suivants, jusqu'a Luang Prabang. C'est donc ainsi que nous entamerons notre sejour dans le pays le plus pauvre de l'Asie du sud-est. L'esperance de vie y est de 54 ans contre 70 en Thailande. Il est conseille d'etre prudent car en cas de pepin serieux, l'hopital le plus proche est a...Bangkok. Par consequent, nous nous attendons a rencontrer beaucoup moins de postes internet abordables. Nous donnerons donc de nos nouvelles quand nous serons dans les grandes villes (Luang Prabang, Ventiane, Pakse). Alors ma petite maman d'amour, ne t'inquiete pas, nous ferons bien attention a nous. Pour calmer ton ame inquiete et consciencieuse, j'ai ajoute pour toi une photo de geicko gentil, comme tu l'avais demande.

Balades en moto a partir de Chiang Rai (Vallee de Mae Sae, Mae Salong, Chiang Saen)















Considerant que la moto constituait un moyen commode et peu onereux de visiter, tout en nous permettant de jouir d'une certaine autonomie, nous avons decide de faire de Chiang Rai, avant-derniere etape de notre periple en Thailande, notre camp de base pour explorer les provinces du Nord. La ville en soi est petite et detendue, peut-etre ce que fut Chiang Mai il y a quelques annees. On y retrouve, encore une fois, quelques jolis temples, mais a ce chapitre, nous commencons a etre satures et un peu insenbiles. Le wat Rong Khun, tout de blanc, aura toutefois reussi a nous interpeler. Malgre son cote un peu kitch, son eclat et ses nombreux details en font une oeuvre impressionnante. L'arriere-pays quant a lui est de toute beaute. C'est une region montagneuse et rurale, parsemee de villages habites par des tribus montagnardes (akha, lishu, karen en particulier). Les gens y vivent comme si le temps s'etait arrete quelque part entre le neolithique et le moyen-age. Les outils qu'ils utilisent pour cultiver la terre sont des plus rudimentaires, tout comme leurs maisons. En fait, presque tout ici est fait en bamboo, un materiau solide et durable. Leur maniere de cultiver la terre a flanc de montagne confere beaucoup de charme au paysage; on dirait une courte-pointe geante ou chaque plantation est un motif distinct. Parmi les plantes cultivees figure le pavot, a partir duquel on extrait l'opium. Cette drogue a ete a la base de l'economie de la region jusqu'a recemment. Pour avoir visite le musee des tribus et le Hall de l'opium, nous savons maintenant qu'on produit annuellement 2500 tonnes d'opium chaque annee dans le triangle d'or, qu'il faut 3000 fleurs de pavot pour produire 1,6 kg d'opium et 10 kg d'opium pour faire 1 kg d'heroine. Encore aujourd'hui, les aines fument l'opium; par contre chez les jeunes, c'est plus mal vu. Le gouvernement cherche en fait a insuffler un vent de changement dans la region en mettant sur pied differents programmes de developpement aupres des communautes rurales et en les initiant a des cultures de substitution. A Mae Salong par exemple, c'est le the. Cette ville au caractere chinois tres marque, fondee par des resistants chinois du GMD en 1949, etait consideree comme le fief de l'opium. Le grand caid Khun Sa y habitait d'ailleurs. Lors de notre passage, nous y avons trouve des salons de the... et de tres nombreux officiers de police. Ceux-ci exercent une surveillance tres serree dans la region, au point ou on se sent pratiquement dans un etat policier. Par exemple, quand nous roulons a moto ou prenons l'autobus, nous sommes systematiquement soumis a des points de controle. Mais manifestement, les touristes ne les interessent pas trop, en tout cas pas nous. Pour notre part, nous avons surtout eu droit a leur sourire. En fait, ils se montraient tellement souriants envers nous qu'a un certain moment, nous nous sommes demandes si en fait ils ne riaient pas de nous. Il faut dire que notre agence de location de moto nous avait gentiment prete les casques les plus horribles de toute la Thailande. Combines aux foulards que nous portons desormais devant le visage pour nour proteger un peu de la fumee des brulis, nous avions vraiment l'air de deux grosses fourmis de l'espace. Une photo en atteste d'ailleurs et il est interdit de rire en la regardant.

jeudi 5 mars 2009

Chiang Mai













Nous avons quitte Chiang Mai avec des sentiments mitiges quant a cette ville a la reputation des plus favorables. Les Thailandais en sont fiers, la presentant comme un lieu idyllique, un peu mystique, et estimant qu'elle constitue un passage oblige pour tout vrai touriste. Les guides de voyage eux la presente comme une ville plutot paisible, riche de sa culture et entouree d'un cadre naturel plein de charme. Apres y avoir passe 4 jours entiers et sillone ses quartiers et son arriere-pays, nous nous demandons si sa reputation n'est pas un peu surfaite, ou plutot si elle ne repose pas sur ce que fut Chiang Mai il y a quelques annees. Tout au long de notre sejour, nous nous sommes demandes quel etait l'ame de Chiang Mai, si tant est qu'elle en ait un. Car, dans les faits, Chiang Mai est une ville moderne, architecturellement semblable aux autres grandes villes (c'est-a-dire sans interet en dehors de ses temples), et surtout, tres polluee. Nous y avons vu la plus de gens portant des masques (de type chirurgical) que partout ailleurs, a Bangkok y compris. Il faut dire que si elle est beaucoup moins densement peuplee que la capitale (8M vs 200 000 hab), Chiang Mai est enclavee dans une vallee entouree de montagnes. La pollution qu'elle produit y reste donc emprisonnee. C'est sans compter la fumee produite par la culture sur brulis que pratiquent les habitant des tribus montagnardes, tres presentes dans la region. Rapidement, nous avons compris que nous etions en plein coeur de cette saison des brulis : l'air est charge de boucane, nos vetements en sont impregnes, on ne voit pas a plus de quelques centaines de metres, nos yeux et notre gorge deviennent brulants apres quelques heures passees a l'exterieur. Pour toutes ces raisons, ces belles montagnes entourant Chiang Mai, on ne les a jamais vu, de la meme maniere d'ailleurs qu'en se rendant au sommet des montagnes, on n'a pas vu Chiang Mai non plus. En fait, pour pleinement apprecier la ville, il fallait depenser des sous. Si l'on veut s'inscrire a des cours de massage, de meditation, de cuisine ou de yoga, c'est le meilleur endroit qui soit. De notre cote, nous n'en avions pas forcement envie. Autrement, ce que la plupart des touristes font, c'est de s'acheter un 1 day tour trip qui comprend une randonnee a dos d'elephant, la visite d'une village tribal et la descente d'une section de riviere en radeau. A prime abord charmante, cette formule nous est apparue un peu dispendieuse (50$ par jour) et surtout tres commerciale. Regarder, matins apres matins, les touristes s'entasser dans les boites des pick-up stationnes a queue-leu-leu le long des principales arteres de Chiang Mai nous a completement enleve le gout de prendre part a ce genre d'expedition. Visiter un village tribal comme un zoo, non merci. En depit de ces nombreux bemols, nous avons tout de meme trouve notre compte a Chiang Mai. La ville nous a plus pour ces nombreux marches: marche de nuit (classique), bazar de nuit (un peu trop touristique), marche du quartier chinois (traumatisant; nos felicitations a celui qui saura identifier la chose suspecte sur la 1ere photo. Malheureusement Sacha, ce n'est pas une main de masseuse a deux pouces; nous continuons nos recherches a cet effet...), marche du Sunday walking street (particulierement gigantesque, efferverscent et authentique). Ce qu'il y a de merveilleux avec ce dernier evenement, c'est que quand on est fatigue de magasiner et qu'on a les jambes lourdes, la solution est a portee de la main: s'offrir un massage des pieds ou des epaules, ou des deux; de toute maniere, c'est 3$ pour 30 minutes et a tous les coins de rues, il y a des masseurs prets a nous faire du bien. Malheureusement, le Sunday Walking Street n'a lieu... que le dimanche. Par un certain concours de circonstances, nous avons toutefois ete amenes a gouter une autre fois encore aux joies du massage thailandais. En effet, notre voisine de chambre, en faisant connaissance avec Jacques, n'a pu s'empecher de l'osculter, estimant qu'il y avait "too much power stuck in his breast". En fait, Jacques est un asthmatique severe et, selon lui, son organisme s'est adapte quand il etait tout jeune et que son probleme etait particulierement grave, en augmentant le volume de sa cage thoracique(laquelle, il est vrai, est proeminente). Mais selon notre nouvelle rencontre, il etait imperatif qu'il recoive un massage, et pas n'importe lequel, pas un massage pour les touristes comme on en rencontre a tous les coins de rues. D'ailleurs, elle connaissait une dame vraiment fantastique qui avait etudie en Chine et qui pourrait nous recevoir sur rendez-vous. Son pere etait medecin et considerait lui aussi que cette dame pratiquait des massages d'une grande qualite, respectant les preceptes de la medecine orientale. Deux heures etaient necessaires pour liberer les energies de Jacques. Apres un moment de reflexion, nous avons decide de tenter le coup et de prendre rendez-vous pour le lendemain matin. Apres tout, il y avait peu a perdre; le tarif, 500 bath (18$) refletait celui de tous les salons et si le massage de pieds recu la veille nous avait procure un moment de detente, nous avions effectivement trouve que c'etait un peu n'importe quoi. Le lendemain matin donc, nous debarquions chez la massotherapeute en question, une dame d'un certain age qui ne parlait pas un mot d'anglais. Chez elle, il y avait 2 pieces: la cuisine ou etait empile tout son bric-a-brac, et la chambre qui se resumait a un matelas pose au sol et une TV. Le massage se deroula sur le matelas. La petite dame s'y prit de tout son corps pour prodiguer son massage, posant par exemple une des jambes de Jacques sur son epaule, retenant la fesse avec son pied et tirant avec ses bras pour faire l'elongation du membre. Quand elle denouait certaines tensions musculaires et qu'il en resultait certains bruits, elle riait. Autrement, son attitude fut des plus posee et des plus methodique. Apres coup, Jacques m'avoua que c'etait de loin le meilleur massage qu'il avait recu, une experience formidable que je devais absolument essayer et que 2 heures etaient effectivement la duree prescrite. Le lendemain, je goutai donc a mon tour aux bons soins de notre massotherapeute pour en conclure moi aussi qu'elle etait vraiment merveilleuse. Quand je quittai sa demeure, je me sentais non seulemenr detendue; j'avais l'impression d'etre lousse, je ne reconnaissais pas trop mon corps. Marcher me procurait la sensation d'etre en apesenteur. Ainsi, cette dame sans nom, avec ses mains de maitre, nous a fait tellement de bien que nous avons quitte Chiang Mai avec l'impression que c'etait vraiment une bonne chose que nous soyons passes par la.