jeudi 4 juin 2009

Bilan


Aujourd'hui est une journee pluvieuse, presage des moussons a venir. Pour moi, c'est une occasion ideale pour m'asseoir et faire le point. Car le compte a rebours est enclanche, le voyage tire a sa fin et nous en sommes deja a savourer nos derniers moments en Asie. Dans quelques jours, nous embarquerons dans l'avion mais cette fois-la ce ne sera pas pour aller decouvrir de nouvelles contrees; cette fois-la ce sera pour retourner a la maison. Ainsi, bientot, le present appartiendra au passe, la realite passera dans le reve. Comme mon pere m'a ecrit une fois: "un reve de voyage c'est deja un voyage mais partir, voyager, c'est vivre." De fait, j'en ai reve de ce voyage, depuis longtemps, bien avant de savoir que je le realiserais. Aujourd'hui, au terme de toute cette aventure, je ne suis pas triste. Je suis consciente de la chance qui m'a ete donnee d'avoir pu concretiser mon reve. Beaucoup n'ont pas cette chance, je le sais maintenant plus que jamais. Car comme M. Herzog sur les routes de l'Annapurna en 1951, j'ai moi aussi rencontre tellement d'hommes et de femmes qui vivent un destin qu'ils n'ont pas choisi. Moi je suis privilegiee. Les guerres, les derives du communisme, la pauvrete, la malnutrition... plusieurs ici ont vu la misere de pres. Certains, trop nombreux, la cotoient encore tous les jours. Longtemps j'ai considere le bonheur comme un droit. Presentement, j'ai plutot l'impression que c'est une chance, donne a certains et pas a d'autres, qu'il faut savoir reconnaitre et apprecier. Ce voyage m'aura appris cela ou du moins me l'aura fait ressentir avec une plus grande acuite. Pour le reste, je me sens la meme personne que j'etais avant de partir. Le voyage m'a-t-il transformee? Je ne crois pas. Les voyages ont-ils vraiment ce pouvoir? J'en doute. Par contre, je peux dire que je me sens renouvellee, que ces quatre mois de decouverte m'auront permis de retrouver quelque chose en moi qui me fait sentir plus entiere, plus vivante, plus lumineuse. Definitivement, l'Asie m'aura rapproche de moi, de mon authenticite. Mais surtout, je reviens la tete remplie d'images, d'odeurs, de souvenirs heureux. Car ce voyage m'aura fait vivre quelques instants de plenitude comme il y en a rarement et certains des plus beaux moments de ma vie, ni plus ni moins. Maman, tu m'avais demande de profiter de tout et d'emplir mes yeux de belles choses. C'est ce que j'ai fait; ce fut tellement facile, le monde est tellement beau. Comme dans toute longue aventure, nous avons eu a affronter quelques moments plus desagreables. Mais ils furent plutot rares et aucun d'eux ne nous plongea dans des situations tragiques. En fait, je m'attendais a un voyage plus difficile, parseme davantages d'embuches. Tant mieux, ce ne fut pas le cas. Sans doute avons-nous ete chanceux.

Sapa et ses alentours











A defaut de pousser plus loin le voyage jusque dans le Yunnan chinois, nous voulions absolument aller explorer les environs de Sapa, reputes pour leurs rizieres en terasses si typiques de cette region du monde. Depuis longtemps, quand j'imaginais l'Asie, c'etaient ces paysages que je voyais dans ma tete. Pour finir notre voyage en beaute, nous nous etions donc garde 5 pleines journees pour aller les voir de nos yeux et par le fait meme decouvrir un autre Vietnam, celui des ethnies montagnardes qui peuplent la region. Apres 4 mois de voyage, c'etait comme une grosse cerise sur un gros sundae. Pourtant, des rizieres, on en avait vues une puis une autre depuis notre arrivee en Asie. Mais, voyager sur ce continent nous a appris que chaque riziere ne se resemble pas. Celles de Sapa sont a ranger dans une classe a part. Elles sont plus impressionnantes, leur contour est plus nets. Elles occupent des valles entieres, s'accrochant aux versants des montagnes qui surplombent des rivieres en contre-bas. Elles sont aussi plus gracieuses, temoignant d'un savoir-faire different, honorable. A les voir dans toute leur etendue, on peine a croire que des hommes disposant des moyens les plus rudimentaires puissent parvenir a un resultat si parfait, si harmonieux. On est dautant plus epates de savoir que pour etre convenablement irriguees, c'est-a-dire pour se deverser dans les terrasses inferieures, ces rizieres doivent etre parfaitement horizontales. Chaque vallee, avec ses propres cours d'eau, pics rocheux et montagnes, offre un panorama different et unique. Aussi fut-il tres facile d'occuper nos 5 journees a partir a leur devouverte, en moto ou en bottes de marche. En fait, pour etre plus juste, il faudrait dire 5 demi-journees car dans le nord du Vietnam, les moussons ont deja commence a se faire sentir. Il pleut pratiquement tous les jours, les percees de soleil sont rares et les nuages omnipresents, obstruant d'un voile epais la cime des montagnes. Aussi avons-nous du composer avec cet inconvenient et occuper une partie de notre temps a lire, a mediter sur la fin de notre voyage et a trainer dans Sapa. Mais nous ressentions un pressant besoin de fuir ce gros village ou nous risquions a tout instant d'etre assaillis par des femmes Hmong determinees a vendre leurs objets artisanaux, quitte a se montrer grossierement harcelantes. Le piege qui guette le touriste est de se faire assaillir par 3 ou 4 de ces dames dont la tactique consiste a se planter devant lui et a exhiber leurs differents items en repetant a un rythme regulier les seuls mots d'anglais qu'elles connaissent: "want to buy for me?". Apres cette entree en matiere, elles ne lacheront pas leur proie, la suivant ou qu'elle aille, ne se genant pas pour l'escorter dans sa seance de leche-vitrine, laquelle, tout compte fait, ne lui tente plus tellement. On aurait tendance a croire que la victime s'achetera la paix en achetant a ses assaillantes un quelconque cossin. Mais non, ce geste attise leur faim, elles y voient le signe qu'il y a des sous quelque part et que leur temerite finira par rapporter. D'ailleurs, acheter a l'une, c'est signer un contrat avec les autres. Mauvaise strategie. Il n'y a en fait qu'une seule solution efficace: fuir jusqu'a sa chambre d'hotel et y rester. Comme quoi le developpement touristique apporte son lot d'inconvenients. Heureusement, on trouve encore dans les campagnes, a l'ecart du tourbillon touristique, des Hmong et des Dao qui ne s'abaissent pas a ce genre de comportement et qui preferent se mettre en valeur par l'echange et la jovialite. Tsai, que nous avons rencontree lors de notre randonnee dans la valle de Muong Hoa, est l'une de ces personnes. Cette femme d'ethnie Hmong noir a eu la gentillesse de nous guider dans une foret de bambous ou l'enchevetrement des sentiers rendait la route a suivre tout sauf evidente. Au totale, elle aura marche 1 heure avec nous, acceptant avec une sincere reconnaissance l'argent que nous lui avons offert pour ce service rendu et nous gatant de cadeaux et d'explications sur la culture locale pour nous remercier. Son anglais etait rudimentaire mais son sourire, laissant entrevoir une dent doree, sans equivoque. Une gentille personne vraiment. Mais Tsai etait aussi une elfe. Alors que nous marchions comme deux lourdeaux dans ce sentier argileux, chancelant, derapant sans cesse et couvrant nos bottes de boue, Tsai elle, avec ses modestes gougounes et son panier de bambou bien charge, semblait flotter a la surface du sol et evoluait sans la moindre difficulte. Nous avons meme constate avec admiration que ses orteilles etaient restees parfaitement propres tout au long de la randonnee. Une prouesse de sa part, un mystere pour nous. Par ailleurs, c'est a Sapa que nous avons fait nos dernieres escapades en moto. Sans le moindre merite, nous avons franchi le plus haut col montagneux du pays, celui de Tram Ton, les fesses confortablement ecrasees sur une Honda Wave 100cc. Situee a 2047 metres, ce col qu'on surnomme aussi la "porte du ciel", constitue le point culminant de l'une des plus belles routes panoramiques du Vietnam. On peut y contempler des paysages spectaculaires constitues de montagnes tres apiques et de chutes qui deboulent sur leurs versants dans des trajectoires on ne peut plus vertigineuses. Mais l'endroit nous a aussi frappes pour ses conditions climatiques tres hostiles: vents violents, humidite percante, temperatures carrement frettes. Habituellement, quand nous nous rendons a une telle altitude, c'est que nous sommes en randonnee: nous marchons, nos corps sont actifs et produisent de la chaleur. Rien a voir avec le role du motocycliste qui laisse sa machine faire le travail. Nous nous sentions bien vulnerables sous nos petits casques et fort mal equipes avec nos minces coupe-vent pour faire face a la rigueur de ce climat de montagne. Notre balade du lendemain, en pays Dao, nous offrit des conditions plus clementes. Nous avons meme eu la chance de voir le soleil se pointer le bout du nez pour innonder de sa lumiere les rizieres qui etaient d'un vert eclantant ce jour-la et encore plus belles que les jours precedents. Nous nous sommes sentis privilegies de pouvoir profiter de cette fenetre de beau temps avant notre depart. Mais sur le chemin du retour, nous avons tout deux ete pris d'un elan de nostalgie en prenant conscience que nous vivions nos derniers instants de decouverte en Asie. Dans quelques minutes nous serions a l'hotel, dans quelques heures a Hanoi et dans quelques jours au Quebec. Nous nous appretions a retourner en terre connue. Derriere nous ce sentiment d'excitation, auquel nous carburions depuis un moment, a l'idee de partir explorer. Les quatre derniers mois nous avaient impose un rythme qui nous convenait bien. Bientot, il faudrait revenir a la realite. Snif.

mercredi 3 juin 2009

Hanoi










En remontant le Vietnam depuis Saigon, nous avons compris que dans ce pays, il existait une equation entre attitude et latitude. Elle est tres simple: plus on monte vers le nord, plus les gens ont tendance a se montrer agressifs, harcelants et irrespectueux. La situation atteint son paroxysme a Hanoi, la capitale, ou il n'est pas rare de se faire prendre brusquement par le bras par quelqu'un qui veut nous servir de taxi, alors qu'on n'en n'a pas besoin, ou de se faire crier des insultes qu'on ne comprend pas par une bande de Vietnamiens qui manifestement trouvent leur petit jeu tres amusant. Comme nous sommes en Asie, la convention veut qu'on garde son sang-froid et, si possible le sourire, mais apres une journe a tremper dans cette ambiance, on doit parfois faire appel aux dernieres gouttes de retenue qu'il nous reste pour ne pas deployer notre majeur dans toute sa proeminence. Pour ceux qui seraient tentes de croire que notre jugement, un peu dur, se trouve altere par de quelconques facteurs, il peut etre utile de preciser que les Vietnamiens eux-memes considerent qu'il existe des differences substantielles entre les gens du nord et ceux du sud. Alors que les gens du nord blament les gens du sud pour leur superficialite et leur obsession de l'argent, ces derniers considerent leurs voisins comme etant trop serieux et incapables de s'amuser. Donc, non nous fabulons pas; d'ailleurs les Vietnamiens que nous avons rencontres lors de notre croisiere, originaires de Saigon, se sont dit, eux aussi, tres inconfortables a Hanoi. Difficile de faire abstraction de cet etat de fait quand on circule dans cette ville. Alors que dans plusieurs regions en Asie, nous avons eu l'impression d'etre recus comme des gens interesses par le pays et sa culture, ici on se sent comme des touristes dans le sens le plus pejoratif du terme, ou comme de potentiels guichets automatiques. Par consequent, nous avions l'habitude de manger dans des petits restaurants de quartier frequentes par des gens de la place, question de sentir de plus pres l'ame des villes et des villages que nous visitions. Mais depuis quelques temps, nous avons quelque peu perdu ce reflexe; plus souvent, nous nous refugions dans des restos conseilles par notre guide, destines a une clientele touristique, comme si nous cherchions un cocon ou nous mettre a l'abri. Cela etant, Hanoi et plus particulierement sa vielle partie, reste tres charmante. Les rues y sont etroites, les batiments plus anciens qu'a Saigon, l'ambiance tres animee et quelque peu anarchique. Ici, on mange une cuisine qui se rapproche drolement de celle de la Chine, qui n'est pas bien loin d'aillleurs. Aussi rencontre-t-on un peu partout des femmes installees sur les trottoirs avec des barils metalliques remplis d'une biere draught maison vendue 20 sous le buck. Par ailleurs, la ville compte quelques visites qui valent la peine: le temple de la litterature, premiere universite du Vietnam regroupant le plus bel ensemble de pagodes qui nous ayions visite en Asie. On trouve sur le site "82 steles de docteurs", soutenues par des socles en forme de tortues, qui parlent de l'education confuceenne au Vietnam. Pas bien loin de la se dresse le musee d'Ho Chi Minh (un peu n'importe quoi et un brin propagandiste) et le mausolee ou il est expose (bien qu'il avait demande a etre incinere). Puis, il y a le theatre de marionnettes sur l'eau que nous ne pouvons pour l'instant commenter parce que nous le gardons pour le dessert, le soir precedant notre depart. En ce debut de mois de juin, Hanoi traverse une periode de chaleur humide que nous supportons difficilement. Les averses violents y sont entre outre tres frequents, innondant de plusieurs centimetres d'eau les trottoirs qui se tranforment en de dangeueuses pataugeaoires. Nous nous sommes donc enfuis vers la region montagneuse de Sapa, situee a la limite de la frontiere chinoise, ou nous avons le plaisir de nous vetir d'une petite laine le soir venu. Nous reservons neanmoins les deux dernieres journees de notre voyage a un retour dans la capitale. De la, nous prendrons l'avion du retour.

lundi 1 juin 2009

La baie de Halong











La baie de Halong et ses 3000 iles sont l'un des symboles du Vietnam et un passage oblige pour tout touriste en terre d'Indochine. Comme tout le monde, nous avions eu un avant-gout de sa grande beaute en photos et au cinema. Nous nourrissions donc de grandes attentes et nous entrevoyions d'y vivre l'un des moments forts de notre voyage. Et bien, nous n'avons pas ete decu, loin de la. La baie de Halong s'est avere etre encore plus magnifique que nous l'avions imagine, plus grandiose dans la realite que dans nos reves. Pour visiter les 1500 km carres de mer sur lesquels elle s'etend, il n'y a pas beaucoup d'options. La formule la plus agreable, la plus pratique et aussi la plus rentable consiste a se bouquer une croisiere a partir de Hanoi, ce que nous avons fait. Alors que de nombreux touristes se plaignent d'avoir eu a affronter certains desagrements durant leur croisiere, au rang desquels des rats dans leur chambre ou une bouffe infecte et insuffisante, notre destin a nous fut des plus plaisants, heureusement. Nous sommes comme on dit tombes sur le bon numero. Notre bateau, le Christina Cruise, etait etincelant de proprete, nos repas, gastronomique et abondant. D'ailleurs, nous avons eu le plaisir de les partager avec un couple de Vietnamiens vivant a Paris, donc parfaitement francophones, avec qui nous avons eu des conversations fort enrichissantes. Parmi les moments les plus beaux de notre croisiere figure nos premieres heures de croisiere au cours desquelles nous avons decouvert avec emerveillement les paysages qui s'ouvraient devant nos yeux, domines par la teinte emeraude d'une mer a perte de vue. Et puis il y avait toutes ces iles, uniques et imposantes, sculptees par l'action conjuguee du vent et des vagues. Devant nos yeux elles formaient un royaume majestueux ou la nature est reine. En raison de leur relief vertigineux et lde eur petitesse, elles n'ont pas ete investies par les hommes. Ces derniers doivent se contenter de les apprecier depuis leurs embarcations ou, pour certains, leurs villages flottants. Aussi peut-on affirmer de la Baie de Halong qu'elle est un lieu relativement bien preservee. Comme nous sommes en Asie, nous nous serions attendu a y voir des dechets flottant a la surface de l'eau, mais non. Comme si tout et chacun etait sensible a l'inestimable valeur qu'elle representait. Autre moment agreable: notre balade en kayak de mer qui restera sans doute mon plus beau souvenir de la croisiere. C'etait en fin d'apres-midi, le soleil descendait lentement a l'horizon mais etait encore assez fort pour chauffer notre peau qu'une brise fraiche venait temperer. Cette heure de la journee est ma preferee car la lumiere est alors oblique, ce qui permet aux couleurs de s'affirmer avec tout leur eclat. L'eau, les falaises, la vegetation constituaient alors des entites bien distinctes aux contrastes tres nets. Et nous voila qui glissions doucement sur la surface de l'eau, longeant les parois rocheuses pour y decouvrir des cavites, des grottes. Ceux qui ont deja tente l'experience savent combien le kayak de mer est un moyen de deplacement agreable, propice a la detente et la contemplation. Notre balade nous a amenes a traverser un veritable tunnel de stalagtites pour deboucher sur un plan d'eau interieur, situe en plein coeur d'un des massifs kastiques. L'endroit etait a l'abri de tout: du vent, des vagues, des autres bateaux. Apparemment, seules les hirondelles avaient decouvert le secret de cet endroit. On pouvait les entendre par centaine a leur chant melodieux qui emplissait l'air. Nous nous sommes arretes un bon moment pour ecouter ce concert. C'etait un moment magique. Plus tard, apres le souper, nous nous sommes inities a la peche a la seiche. La technique qui nous fut proposee, peu efficace, consiste a laisser pendre un bidule vert fluorescent arme de crochets, question d'attirer notre proie avide de lumiere. Donc, en resume: baton de bambou, fil de peche et bidule vert... rudimentaire. Grace a ma perseverance, j'ai attrape deux prises, un record parmi notre equipee, mais pas de quoi nourrir qui que ce soit a sa faim. Le gros fun commence quand on sort la seiche de l'eau car, pour se defendre, elle a le tres charmant reflexe de projeter de l'encre ou elle le peut. Les jets (au pluriel) sont assez puissants considerant la taille de la bete et le liquide en question, noir et visqueux comme du petrole. Comme depuis ma tendre enfance, j'ai toujours eu ce don particulier mais tout a fait involontaire pour me salir plus que les autres, j'etais bien barbouillee quand la soiree de peche s'est terminee. Mais au moins, je pouvais raconter avec preuve a l'appui que j'avais eu une peche "prolifique".

jeudi 28 mai 2009

Une marche dans la jungle






Depuis notre arrivee au Vietnam, nous ne nous etions aventures dans aucun parc national. Aussi, quand deux touristes suisses a l'air bien sympathique nous ont offert de partager avec eux les services d'un chauffeur et la location d'une petite jeep pour aller visiter le parc de Cuc Phong, nous nous sommes dit que c'etait l'occasion ideale pour aller voir un brin de nature vietnamienne. Le parc en question est situe a 45 km de la petite bourgade de Ninh Binh, dans une region surnommee la "Halong des rizieres" en raison de ses nombreuses formations karstiques. La route nous a permis de decouvrir des paysages parmi les plus beaux de notre voyage, alors qu'une brume persistante enveloppait les montagnes. Il s'en degageait une ambiance tres speciale, un peu mysterieuse. On se serait cru devant le decor d'un ancien conte vietnamien ou japonais et il n'etait pas difficle de s'imaginer qu'un vieux sage a la longue barbe vivait quelque part sur l'une des cimes que l'on voyait. A notre arrivee dans le parc, nous avons opte pour une courte et facile randonnee ou il etait question de marcher dans la jungle jusqu'a un arbre millenaire. Au terme de cette breve promenade, je resumerais la jungle vietnamienne en deux mots: verte et humide. Dans un tel climat, la vegetation s'epanouit pleinement; de notre cote, nous pensions nous evaporer completement quelque part avant la fin du sentier. Sans doute pouvons-nous affirmer que nous sommes sortis de cette randonnee avec une meilleure connaissance de nous-meme, sachant maintenant la quantite d'eau que nos corps peuvent suer.

Le Vietnam rural











Le Vietnam se dinstingue positivement de ses voisins d'Asie du sud-est a bien des egards. L'hygiene y est nettement meilleure, le cout de la vie pour un touriste beaucoup moindre, le rapport qualite/prix des hebergements imbattable, l'internet ultra-rapide et le plus souvent gratuit, le reseau routier, sans etre aussi moderne que celui de la Thailande, mafois en plutot bon etat, les transports destines aux touristes offrent la possibilite de se deplacer en economisant temps, argent et patience, et qui plus est, les paysages sont partout franchement splendides, de quoi nous laisser la face collee dans la vitre du bus pour la duree du trajet. A bien des egards, on sent que les Vietnamiens n'ont pas voulu laisser passer le train du 21e siecle ni le potentiel economique que represente pour eux l'essor du secteur touristique. Bien qu'on en soit a notre premier voyage dans ce pays, on sent qu'un souffle de prosperite et de transition chatouille le visage des Vietnamiens. Les plus jeunes d'entre eux ont soif de modernite. A Saigon, on les trouve dans les parcs publics, enlaces sur leur moto avec leur amoureux, ou encore dans les cafes, cellulaire en main. Un monde de changements donc, mais parallelement, d'etonnante continuite. Il suffit d'aller faire un tour dans les campagnes vietnamiennes, la ou vit la majorite de la population, pour en etre frappe. La, comme depuis toujours, la vie s'organise autour de la famille, de la religion et des travaux des champs. Autre symbole de continuite: le velo. Celui-ci occupe ici une place predominante dans les moyens de transport, ex-aequo avec la moto. Alors qu'au Laos, au Cambodge et en Thailande il fallait arpenter bien des rues avant d'esperer trouver un velo, ici il y en a a tous les coins de rues et ils sont toujours dans un etat acceptable. En somme, le Vietnam est le paradis du velo, offrant un beau terrain de jeu dont nous n'allions certainement pas manquer de profiter. Chaque fois que ce fut possible, a la campagne comme a la ville, nous avons loue des velo. Pedaler en ville est une experience vraiment enivrante. D'etre mele au flux dense et intense de la circulation et de sentir les motos nous froler peut etre stressant au debut. Mais apres quelques minutes, on se rend bien compte qi'il suffit de faire confiance au jugement des conducteurs qui nous entourent et de se laisser transporter par le courant. C'est a ce moment que le plaisir commence, et que, comme Jacques, on peut se sentir comme un globule rouge qui circule dans un enorme vaisseau sanguin. A la campagne, c'est completement autre chose puisque les routes sont bien souvent desertes. En fait, il n'est pas rare d'y croiser quelques gros buffles d'eau nonchalants, un troupeau de chevres ou un groupe de canards. Dans ces conditions, on peut se laisser rouler doucement et prendre le temps de s'impregner de l'ambiance des lieux. De toutes les campagnes d'Asie, la campagne vietnamienne est sans doute la plus belle. Pour ses paysages d'abord, decoupes par des rizieres d'un vert tres vif et ponctues d'impressionnantes montagnes de karst aux noms tous plus poetiques les uns que les autres. Mais aussi pour ses gens qui cultivent le sol avec les moyens les plus rudimentaires et qui vivent dans la plus grande simplicite. On sait qu'ils travaillent durement, que leurs journees dans les champs s'etirent de l'aube au crepuscule mais il reste que pour nos yeux d'occidentaux, ils sont beaux a voir avec leurs velos, paniers d'osiers, rateaux de bois, chapeaux de bambous et, surtout, leur sourire qui respire la sincerite. Pour nous en tous cas, ils ont valu a eux seuls bien des attractions touristiques.

Hue, ville imperiale











Hue est un arret oblige pour les passionnes d'histoire vietnamienne et d'architecture puisqu'elle fut la capitale imperiale sous les Nguyens, derniere dynastie a avoir regne sur le Vietnam avant la colonisation francaise. Mais malheureusement, la ville historique de Hue ne connut pas un destin aussi enviable que sa voisine Hoi Ann. Elle ne fut pas l'objet du meme souci de preservation, le gouvernement communiste ayant, jusqu'a tres recemment, laisse ses sites culturels dans un triste etat d'abandon. Elle ne fut pas non plus epargne par les bombardements durant la guerre. En fait, l'histoire de Hue en est une de destructions. Deja les Francais avaient eu la judicieuse idee de piller la cite et de bruler sa bibliotheque imperiale, question d'inciter l'empereur en place a se soumettre a son protectorat. Puis, en 1968 lors de la celebre offensive du Tet, Hue vit se derouler de tristes combats: des roquettes vietcongs, des bombes americaines, quelques 2500 civils fusilles ou enterres vivants... Hue fut le theatre d'une grande violence dont elle porte encore aujourd'hui les marques. Nous nous en sommes rendu compte, a la sueur de notre front, en cherchant la cite pourpre interdite dont le nom evocateur nous inspirait particulierement. Nous en etions a tourner en rond dans un champ, entoures de cigales et sans rien pour nous proteger du soleil, quand nous avons realise que ce site avait ete entierement rase par les bombardements. Pour notre consolation, il restait quelques pierres eparpillees dans l'herbe haute. Le reste du site, neanmoins, n'etait pas dans un etat aussi desolant. Une fois franchis les murs de la citadelle (qui sont encore debout), le visiteur peut donc trouver un ensemble de palais et de temples a visiter. A quelques kilometres de l'enceinte imperiale, en suivant les rives de la tranquile riviere aux parfums, on peut trouver un autre ensemble: de somptueux mausolees construits en l'honneur de certains empereurs, dissemines sur un vaste espace naturel. Nous nous sommes contentes de visiter celui de Tu Duc, l'un des reprensentants de la lignee des Nguyens repute pour son luxe et sa demesure. Par exemple, afin d'eviter que son tombeau ne soit pille, il demanda a etre enterre ailleurs que sous son mausolee, dans un lieu encore aujourd'hui inconnu. Or, si le secret de ce dit lieu fut si bien garde, c'est que les 200 serviteurs qui travaillerent a ses funerailles furent soigneusement decipates. Une efficace mesure preventive. Mais il reste que Tu Duc avait du gout si bien que le site de son mausolee, couvert d'une foret de frangipaniers et de pins, fut notre visite preferee pour la serennite qu'il respirait. Nous aurions volontier elu domicile dans la petite pagode bordant un etang ou il trouvait l'inspiration pour ecrire ses poemes. Autrement, il faut avouer que nous nous sommes un peu traines les pieds sur les celebres sites historiques de Hue. Peut-etre parce qu'il faisait une chaleur penible ce jour-la, de quoi suffoquer (c'est maintenant notre lot quotidien, l'humidite etant de la partie a ce temps-ci de l'annee). Peut-etre aussi parce que nous n'avions pas de guide. Et comme les panneaux d'information etaient brefs sinon inexistants, nous n'avions pas grand chose a nous mettre sous la dent pour agrementer notre visite. Mais surtout, au fil de notre voyage en Asie, nous nous sommes decouverts l'un comme l'autre un interet tres pale et une motivation un peu fragile pour la visite des palais, salles du trone et compagnies. Chaque fois, nous nous sentons un peu trop loin du vrai pays avec son vrai monde, ses odeurs et ses bruits. En ce sens, notre experience a Hue n'a pas fait exception. Pour les jours a venir, nous avons donc convenu que nous allions sortir du circuit touristique pour nous tremper dans la campagne vietnamienne.