jeudi 28 mai 2009

Une marche dans la jungle






Depuis notre arrivee au Vietnam, nous ne nous etions aventures dans aucun parc national. Aussi, quand deux touristes suisses a l'air bien sympathique nous ont offert de partager avec eux les services d'un chauffeur et la location d'une petite jeep pour aller visiter le parc de Cuc Phong, nous nous sommes dit que c'etait l'occasion ideale pour aller voir un brin de nature vietnamienne. Le parc en question est situe a 45 km de la petite bourgade de Ninh Binh, dans une region surnommee la "Halong des rizieres" en raison de ses nombreuses formations karstiques. La route nous a permis de decouvrir des paysages parmi les plus beaux de notre voyage, alors qu'une brume persistante enveloppait les montagnes. Il s'en degageait une ambiance tres speciale, un peu mysterieuse. On se serait cru devant le decor d'un ancien conte vietnamien ou japonais et il n'etait pas difficle de s'imaginer qu'un vieux sage a la longue barbe vivait quelque part sur l'une des cimes que l'on voyait. A notre arrivee dans le parc, nous avons opte pour une courte et facile randonnee ou il etait question de marcher dans la jungle jusqu'a un arbre millenaire. Au terme de cette breve promenade, je resumerais la jungle vietnamienne en deux mots: verte et humide. Dans un tel climat, la vegetation s'epanouit pleinement; de notre cote, nous pensions nous evaporer completement quelque part avant la fin du sentier. Sans doute pouvons-nous affirmer que nous sommes sortis de cette randonnee avec une meilleure connaissance de nous-meme, sachant maintenant la quantite d'eau que nos corps peuvent suer.

Le Vietnam rural











Le Vietnam se dinstingue positivement de ses voisins d'Asie du sud-est a bien des egards. L'hygiene y est nettement meilleure, le cout de la vie pour un touriste beaucoup moindre, le rapport qualite/prix des hebergements imbattable, l'internet ultra-rapide et le plus souvent gratuit, le reseau routier, sans etre aussi moderne que celui de la Thailande, mafois en plutot bon etat, les transports destines aux touristes offrent la possibilite de se deplacer en economisant temps, argent et patience, et qui plus est, les paysages sont partout franchement splendides, de quoi nous laisser la face collee dans la vitre du bus pour la duree du trajet. A bien des egards, on sent que les Vietnamiens n'ont pas voulu laisser passer le train du 21e siecle ni le potentiel economique que represente pour eux l'essor du secteur touristique. Bien qu'on en soit a notre premier voyage dans ce pays, on sent qu'un souffle de prosperite et de transition chatouille le visage des Vietnamiens. Les plus jeunes d'entre eux ont soif de modernite. A Saigon, on les trouve dans les parcs publics, enlaces sur leur moto avec leur amoureux, ou encore dans les cafes, cellulaire en main. Un monde de changements donc, mais parallelement, d'etonnante continuite. Il suffit d'aller faire un tour dans les campagnes vietnamiennes, la ou vit la majorite de la population, pour en etre frappe. La, comme depuis toujours, la vie s'organise autour de la famille, de la religion et des travaux des champs. Autre symbole de continuite: le velo. Celui-ci occupe ici une place predominante dans les moyens de transport, ex-aequo avec la moto. Alors qu'au Laos, au Cambodge et en Thailande il fallait arpenter bien des rues avant d'esperer trouver un velo, ici il y en a a tous les coins de rues et ils sont toujours dans un etat acceptable. En somme, le Vietnam est le paradis du velo, offrant un beau terrain de jeu dont nous n'allions certainement pas manquer de profiter. Chaque fois que ce fut possible, a la campagne comme a la ville, nous avons loue des velo. Pedaler en ville est une experience vraiment enivrante. D'etre mele au flux dense et intense de la circulation et de sentir les motos nous froler peut etre stressant au debut. Mais apres quelques minutes, on se rend bien compte qi'il suffit de faire confiance au jugement des conducteurs qui nous entourent et de se laisser transporter par le courant. C'est a ce moment que le plaisir commence, et que, comme Jacques, on peut se sentir comme un globule rouge qui circule dans un enorme vaisseau sanguin. A la campagne, c'est completement autre chose puisque les routes sont bien souvent desertes. En fait, il n'est pas rare d'y croiser quelques gros buffles d'eau nonchalants, un troupeau de chevres ou un groupe de canards. Dans ces conditions, on peut se laisser rouler doucement et prendre le temps de s'impregner de l'ambiance des lieux. De toutes les campagnes d'Asie, la campagne vietnamienne est sans doute la plus belle. Pour ses paysages d'abord, decoupes par des rizieres d'un vert tres vif et ponctues d'impressionnantes montagnes de karst aux noms tous plus poetiques les uns que les autres. Mais aussi pour ses gens qui cultivent le sol avec les moyens les plus rudimentaires et qui vivent dans la plus grande simplicite. On sait qu'ils travaillent durement, que leurs journees dans les champs s'etirent de l'aube au crepuscule mais il reste que pour nos yeux d'occidentaux, ils sont beaux a voir avec leurs velos, paniers d'osiers, rateaux de bois, chapeaux de bambous et, surtout, leur sourire qui respire la sincerite. Pour nous en tous cas, ils ont valu a eux seuls bien des attractions touristiques.

Hue, ville imperiale











Hue est un arret oblige pour les passionnes d'histoire vietnamienne et d'architecture puisqu'elle fut la capitale imperiale sous les Nguyens, derniere dynastie a avoir regne sur le Vietnam avant la colonisation francaise. Mais malheureusement, la ville historique de Hue ne connut pas un destin aussi enviable que sa voisine Hoi Ann. Elle ne fut pas l'objet du meme souci de preservation, le gouvernement communiste ayant, jusqu'a tres recemment, laisse ses sites culturels dans un triste etat d'abandon. Elle ne fut pas non plus epargne par les bombardements durant la guerre. En fait, l'histoire de Hue en est une de destructions. Deja les Francais avaient eu la judicieuse idee de piller la cite et de bruler sa bibliotheque imperiale, question d'inciter l'empereur en place a se soumettre a son protectorat. Puis, en 1968 lors de la celebre offensive du Tet, Hue vit se derouler de tristes combats: des roquettes vietcongs, des bombes americaines, quelques 2500 civils fusilles ou enterres vivants... Hue fut le theatre d'une grande violence dont elle porte encore aujourd'hui les marques. Nous nous en sommes rendu compte, a la sueur de notre front, en cherchant la cite pourpre interdite dont le nom evocateur nous inspirait particulierement. Nous en etions a tourner en rond dans un champ, entoures de cigales et sans rien pour nous proteger du soleil, quand nous avons realise que ce site avait ete entierement rase par les bombardements. Pour notre consolation, il restait quelques pierres eparpillees dans l'herbe haute. Le reste du site, neanmoins, n'etait pas dans un etat aussi desolant. Une fois franchis les murs de la citadelle (qui sont encore debout), le visiteur peut donc trouver un ensemble de palais et de temples a visiter. A quelques kilometres de l'enceinte imperiale, en suivant les rives de la tranquile riviere aux parfums, on peut trouver un autre ensemble: de somptueux mausolees construits en l'honneur de certains empereurs, dissemines sur un vaste espace naturel. Nous nous sommes contentes de visiter celui de Tu Duc, l'un des reprensentants de la lignee des Nguyens repute pour son luxe et sa demesure. Par exemple, afin d'eviter que son tombeau ne soit pille, il demanda a etre enterre ailleurs que sous son mausolee, dans un lieu encore aujourd'hui inconnu. Or, si le secret de ce dit lieu fut si bien garde, c'est que les 200 serviteurs qui travaillerent a ses funerailles furent soigneusement decipates. Une efficace mesure preventive. Mais il reste que Tu Duc avait du gout si bien que le site de son mausolee, couvert d'une foret de frangipaniers et de pins, fut notre visite preferee pour la serennite qu'il respirait. Nous aurions volontier elu domicile dans la petite pagode bordant un etang ou il trouvait l'inspiration pour ecrire ses poemes. Autrement, il faut avouer que nous nous sommes un peu traines les pieds sur les celebres sites historiques de Hue. Peut-etre parce qu'il faisait une chaleur penible ce jour-la, de quoi suffoquer (c'est maintenant notre lot quotidien, l'humidite etant de la partie a ce temps-ci de l'annee). Peut-etre aussi parce que nous n'avions pas de guide. Et comme les panneaux d'information etaient brefs sinon inexistants, nous n'avions pas grand chose a nous mettre sous la dent pour agrementer notre visite. Mais surtout, au fil de notre voyage en Asie, nous nous sommes decouverts l'un comme l'autre un interet tres pale et une motivation un peu fragile pour la visite des palais, salles du trone et compagnies. Chaque fois, nous nous sentons un peu trop loin du vrai pays avec son vrai monde, ses odeurs et ses bruits. En ce sens, notre experience a Hue n'a pas fait exception. Pour les jours a venir, nous avons donc convenu que nous allions sortir du circuit touristique pour nous tremper dans la campagne vietnamienne.

samedi 23 mai 2009

Hoi Ann










Hoi Ann est un peu le vieux-Quebec du Vietnam: heritiere d'une passe riche, figee dans le temps par son architecture, essentiellement touristique par son activite, mais surtout tres belle, tres charmante. La journee de notre arrivee, nous avons decide d'aller faire une marche de reconnaissance a travers les rues de la vielle ville. Dans le temps de le dire, nous avons realise avec surprise que le soleil etait entrain de disparaitre et donc que le temps avait passe sans que nous ne nous en rendions compte, absorbes que nous etions a contempler les batiments, leurs lanternes en soie, leur toiture de ceramique, leur facade, les tailleurs de vetements et scultpeurs de bois qui s'y activaient...nous avions ete absorbes par la splendeur des lieux. En visitant Hoi Ann, on n'est guere surpris d'apprendre que la ville a ete epargnee par la guerre du Vietnam, les deux parties ayant convenu un accord a cet effet. On se rejouit aussi du fait que des universites d'un peu partout aient joint leurs efforts pour restaurer les vieux batiments en decrepitude. Sans vouloir faire ici un cours d'histoire sur Hoi Ann, disons que sa grande richesse culturelle s'explique par le fait qu'elle fut l'un des principaux ports internationaux entre le 15e et le 19e siecle. Aussi des tessons de ceramique realises par ses artisans furent-ils retrouves aussi loin qu'au Proche-Orient et en Europe. En fait, bien avant la colonisation francaise, les Europeens venaient regulierement a Hoi Ann pour s'approvisionner en soie, en porcelaine, en laque, en the... Mais de tous les visiteurs qui passerent par ce haut lieu commercial, les Chinois furent certainement les plus importants. Ils y fonderent d'ailleurs des colonies, y construisirent des pagodes richement ornementees de meme que des maisons communes ou logeaient leurs congregations. Le visiteur peut maintenant les visiter et apprecier leur grande beaute. Encore aujourd'hui, 1300 Chinois habitent Hoi Ann et leur influence est tres palpable. En somme, si la ville semble vivre en marge du Vietnam contemporain, elle offre au visiteur l'occasion de faire un autre voyage, un voyage dans le temps.

A quelques kilometres de Hoi Ann s'etend la plage de China Beach, longue de 30km. Durant la guerre, les soldats americains s'y faisaient parachuter pour savourer quelques jours de farniente avant de rejoindre le front. Aujourd'hui, mis a part deux minces secteurs hoteliers cantonnes a ses deux extremites, China Beach est tranquille, pratiquement deserte. Quelques pecheurs, des barques endormies, une vue sur la Montagne de marbre, des vagues deferlantes et le souffle du vent, c'est tout ce qu'on y a trouve et c'etait parfait. Pourtant, nous n'avions eu qu'a donner quelques coups de pedale pour sortir ainsi des sentiers battus.

jeudi 21 mai 2009

Nha Trang




Apres avoir goute la beaute des plages de la Thailande et la tranquilite de la modeste ile au lapin, nous sommes arrives a Nha Trang en nous demandant un peu pourquoi elle avait une si envieuse reputation. Heureusement, nous ne nous attendions a rien. Nous savions que ses plages etaient bordees par une route passante et une serie d'hotels modernes tout en hauteur; nous etions aussi au courant qu'elles etaient sillonees par des vendeurs de fruits, de lunettes de soleil, de bracelets, etc., deployant du matin au soir la meme energie pour faire acheter leurs bidules aux touristes qui eux, aimeraient bien faire 5 minutes de lectures sans avoir a prononcer un autre "no, thank you". Mais de toute facon, la route passait par la, nous avions un petit gout de brise marine et il y avait a Nha Trang quelques visites qui valaient la peine (un musee oceanographique, une galerie de photos, une pagode avec des bouddhas geants). Apres coup, nous pensons que malgre son lot d'inconvenients, Nha Trang possede quelques bons cotes, notamment celui de pouvoir se dire que la, on est devant la mer de Chine, vaste, turquoise et entouree de montagnes dignes de ce nom. Et sur la plage, on se sent au Vietnam, vraiment: des Vietnamiens de tous les ages s'y reunissent avec toute leur famille ou en groupe d'amis pour jouer dans l'eau. Il est difficile de ne pas tomber sous le charme de ces petits rassemblements de vieilles dames qui viennent bavarder entre elles, assises dans la mer jusqu'au cou avec tous leurs vetements. Ni d'ailleurs de resister aux marchandes itinerantes, installees sur la plage (plus exacement accroupies dans le sable) et equipees de l'attirail culinaire le plus basique grace auquel elles popotent des crevettes geantes, ultra geantes. En tous cas, les Vietnamiens eux ne resistent pas du tout; ils se laissent completement aller dans d'impressionnants festins ou la biere coule a flot. C'est vrai qu'elle est bien bonne cette biere vietnamienne, legere, douce, petillante et qu'apres une journe chaude, elle constitue un raffraichissement attendu. Mais de notre cote, nous avons surtout jete notre devolu sur les calmars a la citronnelle et au chili, d'une fraicheur inegalee. Sans vouloir rendre qui que ce soit jaloux au Quebec, ici pour 3$, on a droit a un plein plateau de ce delice.

mardi 19 mai 2009

Dalat et les hauts plateaux






Comme il fait presentement une chaleur suffocante au Vietnam, nous etions bien contents de nous rendre a Dalat, surnommee "cite de l'eternel printemps" pour ses temperatures toujours fraiches. Pour cause, cette ville se situe dans la region des hauts plateaux, quelque part a une altitude de 1000m dans la partie sud de la cordilliere amanite. Les colons francais avaient voulu recreer la l'ambiance des Alpes et effectivement on s'y croirait par moment, ce qui n'a pas que du bon. Car on s'y sent plus dans un mini St-Sauveur-des-Monts, un peu artificiel et eminement touristique, que dans l'arriere-pays vietnamien. Des terrains de golf, des pedalos en forme de cygne, une antenne-radio imitant la tour Effel sont autant d'elements qu'on aurait prefere ne pas voir. Le fait que Dalat constitue une destination lune-de-miel prisee par les Vietnamiens contribue tres certainement a son cote kitsh. En revanche, on a aime Dalat pour ses jardins cultives en plein coeur de la ville et plus largement, pour son cote rural. La region est en effet un centre important de culture maraichere et fruitiere pour le Vietnam. Ainsi, on trouve la toute une variete de fruits confits tres tres bon marche. Dalat est aussi reputee pour son cafe, torrefie dans du beurre, ses thes (vert, oolong) et, contre toutes attentes, ses vins, rouges et blancs, mafois tout a fait respectables si l'on prend en consideration leur prix : 3$ la bouteille. Dans cette foulee, mentionnons que plusieurs restaurants y servent une excellente cuisine vietnamienne, etonnement variee. La campagne n'est donc jamais tres loin a Dalat, du haut d'un deuxieme etage, on peut deja l'apercevoir. Si la region a souffert de deboisement (cause successivement par la culture sur brulis, la guerre et l'industrie forestiere), le paysage n'en est pas moins charmant, se presentant comme un melange a la fois contraste et harmonieux de montagnes, de plateaux, de forets et d'espaces cultives. Afin d'en avoir un apercu panoramique et pour renouer avec la montagne qui commencait deja a nous manquer, nous avons marche jusqu'en haut des monts Lang Biang (2200m). La vue y etait tres jolie mais nous nous souviendrons surtout de ce sommet pour y avoir ete accueillis par les applaudissements d'un groupe scolaire qui s'est ensuite rue sur nous arme de questions, comme s'il n'avait jamais vu un occidental ailleurs qu'a la TV. 25 jeunes Vietnamiens de 16 ans qui essaient de parler anglais tous en meme temps, c'est un peu etourdissant et aussi tres drole. Pour nous faire sentir qu'ils etaient contents de nous voir la (ce dont nous nous doutions deja a constater leur febrilite), nos hotes nous ont offert des olives sechees (vraiment trop salees considerant qu'une olive en soit est deja salee), des jus et du vin rouge. Pour conclure notre journee, nous sommes alles visiter un petit centre de production de soie ou nous avons pu voir chacune des etapes menant a la confection de ce tissu, depuis les vers a soie qu'on fait bouillir dans un chaudron, jusqu'au metier a tisser avec lequel on fabrique de superbres vetements. Tres instructif. Apres deux journees passees a Dalat, il etait deja temps de reprendre la route car a 25 jours de notre date de retour au Quebec, le temps file et le Vietnam est un long pays a parcourir.

Ho Chi Minh en images




Ho Chi Minh Ville (HMCV)

Apres tout ce que nous avions entendu de desobligeant sur HCMV, nous sommes debarques de l'avion armes de la plus grande mefiance et psychologiquement pares pour affronter les pires desagrements. Circulation chaotique, pollution, escroqueries, celle que tous (sauf les officiels) appellent encore Saigon ne jouit pas d'une reputation tres flatteuse, loin de la. Et pourtant, apres y avoir passe deux bonnes journees, nous l'avons quittee avec le sentiment que notre voyage au Vietnam commencait plutot bien et finalement, nous en pensons surtout du bien. Ce serait faux de dire de HCMV qu'elle est un endroit paisible. Chaque jour, 3 millions de motos sillonnent ses rues. Mais la circulation, certes tres dense, prend moins l'allure d'un chaos desesperant que de ces bancs de poissons qu'on voit dans les documentaires animaliers, qui nagent tous ensemble sans jamais se toucher, dans une harmonie presque magique. Aussi, contrairement a nos attentes, HCMV est plutot propre: pas de dechets par terre (il y a d'ailleurs des poubelles ici et la), pas d'odeur desagreable d'egouts, des espaces verts, des toilettes publiques nickels, des chambres d'hotel et des restos tout aussi nickels, et a la fin de la journee pas de pressant besoin de nous moucher pour extraire la poussiere noire de nos narines, comme nous le ressentions dans les autres villes. En fait, a bien des egards, les Vietnamiens d'ici semblent au diapason de certaines normes occidentales en matiere de proprete, d'efficacite et de service a la clientele en general. Contrairement a partout ailleurs, la bienseance et la courtoisie telles que nous les concevons chez nous paraissent tres importantes ici, longue presence coloniale oblige. C'est en tout cas l'impression qui nous est restee des musees, cafes, restos et meme du salon de coiffure que nous avons frequentes, ou tout le monde s'est montre tres "professionel" et attentif a nos moindres besoins, parfois avant meme que nous en soyions nous-meme conscients. A table, nous nous sommes sentis a mi-chemin entre le souci du detail des sushis japonais et le plaisir gourmand des tapas espagnols, comme quoi les Vietnamiens sont de fins gourmets. Nos soupers (et nous continuons de frequenter les etablissements les moins chers) se sont presentes comme une succession de petites bouchees qui se degustent d'abord avec les yeux, ensuite avec les papilles. Des bonbons. Nous avons donc bien mange a HCMV mais comme nous etions tout fraichement arrives au Vietnam, nous avons pense qu'il serait aussi bon de parfaire notre education en mettant a profit les musees de la ville. D'entree de jeu, le Musee des souvenirs de guerre s'imposait. On y presente tout ce qu'il faut savoir sur l'interminable guerre du Vietnam: ses causes, ses etapes, les armes et produits chimiques qui y furent utilises et leurs consequences desastreuses, lesquelles depassent largement le cadre des 17 annees que dura le conflit. Le tout est assorti de temoignages et de photos prises par les journalistes de guerre de l'epoque, ce qui enrichit sensiblement les informations qu'on connait souvent deja. On reste toujours etonne de constater que la guerre du Vietnam supplante la 2e guerre mondiale en terme de bombes larguees, 14,3 millions tonnes contre 5 millions de tonnes, et d'argent injecte, 676 milliards $ contre 341 milliards $. Malgre leur acharnement, les Americains ne sont jamais venus a bout des Vietnamiens. Au Musee de l'histoire, on apprend que les Americains ne sont pas les seuls a avoir essuye un tel revers. Bien avant eux, les Mongols aussi avaient mordu la poussiere face aux Vietnamiens. A travers une vaste collection d'objets, ce musee retrace l'evolution du Vietnam depuis le Paleolithique jusqu'a la colonisation francaise, ce qui offre au touriste l'occasion de mieux situer dans leur contexte les visites a venir: Hue, Hoi An, Hanoi, Hoa Lu... La visite nous a donc donne l'eau a la bouche; il etait temps de commencer a prendre la route pour le Nord.

lundi 11 mai 2009

Kathmandou (bis)











Par les temsp qui courent, ou bien les tensions politiques guettent tous les coins du monde, ou bien nous avons un certain "don" pour nous retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Comme nous nous appretions a quitter Pokhara pour Kathmandou, nous avons appris que cette derniere etait la scene d'agitations populaires prenant notamment la forme d'emeutes. Le motif: le premier ministre, un maoiste jouissant de la faveur populaire, venait de demissionner, insatisfait qu'il etait de la tournure d'un certain dossier. Mais comme il fallait retourner a tout prix a Kathmandou, ne serait-ce pour prendre notre avion vers Ho Chi Minh Ville, nous n'avions pas une grande marge de manoeuvre. Nous nous sommes donc embarques dans le bus avec un "advienne que pourra" dans la bouche pour constater, au terme de nos 200km/7 heures de voyage(dans ce pays les deplacements sont vraiment fastidieux), que la vie suivait son cours a Kathmandou. Certes le bordel regnait dans les rues mais c'etait le meme bordel que celui auquel nous avions assiste avec amusement 3 semaines plus tot. Comme nous en avions l'intention, il nous serait donc possible de profiter de cette utlime occasion pour visiter les principaux sites que nous avions negliges a notre arrivee, absorbes que nous etions par la preparartion de notre trek. Pourtant, la vallee de Kathmandou possede la plus forte densite au monde de sites inscrtis au patrimoine mondial de l'Unesco. Comme le Nepal est le point de rencontre entre les populations de l'Inde et celles de l'Himalaya, il en resulte une grande richesse culturelle. Cet etat de fait se reflete dans sa capitale ou temples bouddhistes et hindouistes se cotoient. Comme par hasard, le jour de notre visite etait celui de la naissance de Bouddha. Le premier temple que nous avons visite, Swayambunath, etait litteralement assailli par les Nepalais pour l'occasion. Pour l'atteindre, il faut gravir un interminable escalier, ce que nous avons fait, noyes que nous etions dans un essaim de fideles venus en ce lieux sacre pour allumer des lampes a beurre et faire tourner des moulins a priere. Question de me mettre dans l'esprit de la fete, j'ai accepte de me faire offrir un tika, ce petit point qu'on applique sur le front comme symbole de benediction divine. Dans mon cas, c'etait plus une grosse tache epaisse, melange de fruits rouges, de yaourt, de riz et de quelque chose de scintillant. C'est donc avec mon "troisieme oeil qui voit tout" que j'ai pu contempler la vue superbe qui s'offre depuis le haut de Swayambunath sur Kathmandou et sa vallee, laquelle se presente comme une mer infinie de blocs aux teintes pastels. Ce temple, mieux connue sous le nom de Monkey Temple, est aussi interessant a visiter en raison de la tres nombreuse colonie de singes qu'il abrite, lesquels se divertissent au cote de la foule sans aucune gene. Des bouddhistes, des hindous, des singes, des marchands, des enfants, des infirmes, Swayambunath nous a donne l'impression d'etre deux petites fourmis dans une enorme fourmiliere et finalement bien peu de choses. C'est donc sur cette note que nous avons mis le cap vers Bodsnath, un enorme stuppa servant de centre religieux a la population d'exiles tibetains de la ville. Depuis longtemps, marchands tibetains et sherpas s'aventurant dans l'Himalaya viennent y prier ou remercier les dieux d'avoir voyager sans heurt. Aujourd'hui, c'est parait-il l'un des rares endroits au monde ou la culture tibetaine peut s'exprimer librement. Les Nepalais disent des Tibetains qu'ils ont le sens des affaires. Il est vrai que le quartier entourant Bodsnath est tres coquet et soigneusement entretenu, ce qui tranche avec le reste de la ville. Le touriste a la recherche d'une sympathique terrasse ou siroter un cafe ou de boutiques ou faire le plein en objets artisanaux y trouvera son compte. Mais comme c'etait toujours l'anniversaire de Bouddha lors de notre passage, Bodsnath etait plutot le theatre d'un mega party de moines. Comme le veut la coutume, ils tournaient tous autour du stuppa, dans le sens des aiguilles d'une montre, pendant que le soleil disparaissait a l'horizon. Comme deux apprentis-bouddhistes, nous avons pris part a leur danse pour constater que ca se poussait presque dans cette foule en rotation, en tout cas qu'on y etait pas mal compacts, et qu'il y avait la matiere a devenir claustrophobe. Nous avons donc decide d'aller voir du cote des Hindous a Pashupatinath, l'un des principaux temples de Shiva du sous-continent indien qui attire pelerins et sadhous de toute l'Inde. Comme nous ne sommes pas Hindous et que nous ne le serons jamais, (il est impossible de se convertir a cette religion) l'acces aux temples nous fut interdit. Jusqu'en 2001, il en etait d'ailleurs de meme pour les dalits, ceux qu'on appelle plus communement les intouchables. Mais l'exterieur des batiments avait tant a offrir que nous nous sommes vite consoles. On y trouve une pleiade de temples miniatures et d'autels ornementes de sculpture et de peintures gravitant autour de la sphere sexuelle. Quand ce n'etait pas des innombrables symboles phalliques tronant ici et la, il s'agissait de representations erotiques mettant en scene des personnages dans des postures parfois accrobatiques. Ainsi, rien a voir avec notre univers religieux qui valorise a cet egard la plus grande pudeur; compares a notre Vierge Marie et notre chaste Jesus, Vishnous, Shivam Ganesh et leurs accolytes apparaissent comme une bande de pervers. Chez les Hindous, sexe et sacre font bon menage et si ca peut nous paraitre etrange, c'est peut-etre qu'on a un peu oublie le secret de la procreation. L'enceinte des temples est aussi le refuge d'une petite communaute de sadhous, ces saints hommes hindous qui ont tout abandonne pour vivre d'errance et d'ascese. Par leur accoutrement atypique, ils apparaissent comme des personnages excentriques. D'ailleurs, moyennant quelques roupies, ils se pretent avec une joie manifeste et une aisance etonnante a une seance de photos pour le compte des touristes. A Pashupatinath, certains d'entre eux vivent dans des grottes creusees dans les berges de la riviere Bagmati, laquelle serpente a travers le site. Sur l'autre rive a ete erigee une serie de gradins ou, encore une fois, une horde de fideles etait ammassee. C'est en les voyant tous la que nous avons compris que les Hindous aussi fetent Bouddha; en fait, ils le considerent comme la 9e reincarnation de Vishnu, juste apres Rama et Krishna. Mais aussi voyeur que ce soit, ce qui a le plus retenu notre attention, ce sont les cremations qui se succedent les unes apres les autres a Pashupatinath. Au meme titre de le Gange en Inde, la riviere Bagmati est consideree comme sacree. On y trouve donc des ghats, sorte de petits autels sur lesquels les Hindous amenagent les buchers servant a incinerer leurs proches. A notre arrivee, deux corps brulaient deja. Du premier il ne restait pas grand chose; du second il ne restait que les pieds, intactes, parce qu'ils depassaient quelque peu des flammes, ce qui les empechaient de bruler comme le reste de la depouille. Quelqu'un s'est charge de les repositionner quand le moment fut juge opportun, c'est pourquoi on les entrevoit au centre du bucher sur la photo que Jacques a prise discretement. Puis, comme nous allions quitter, une troisieme depouille est arrivee, portee sur un brancard par les hommes de sa famille (les femmes sont habituellement exclues de ces ceremonies car, parait-il, elles pleurent trop, ce qui nuit a la reincarnation de l'ame). Nous avons ainsi pu avoir un apercu des differents rituels qui precedent la cremation proprement dite. D'abord, on baigne les pieds du defunt dans les eaux de la riviere pour le purifier; ensuite, on change ses vetements, on le couvre d'une pommade a base de ghee (beurre clarifie) et on place une chandelle allumee dans sa bouche. Le corps mettra deux bonnes heures a se consummer entierement, apres quoi les cendres restantes seront jetees dans la riviere qui est aussi sale qu'on peut se l'imaginer. Assister a une telle scene fut pour nous une experience intense, a la fois glacante et fascinante. Curiosite, pudeur, degout, empathie... difficile d'identifier les emotions qui se bousculaient en nous. On parle parfois de fascination morbide et je crois que l'expression s'applique ici plutot bien. Bien sur, les Nepalais prennent la chose autrement, temoins qu'ils sont, jour apres jour, de l'enchainement sans cesse renouvelle de ces ceremonies sur leur lieu de priere. Chez nous, on tient la mort a l'ecart ou du moins il est plutot rare de la cotoyer d'aussi pres. Ainsi, comme visiter le Musee du crime genocidaire au Cambodge, voir des motocyclistes et des enfants se faire happer a mort sur les routes du Laos ou constater l'extreme pauvrete des gens dans les bidonvilles, assister aux cremations de la riviere Bagmati nous convia a une autre reflexion sur le sens de la vie et de la mort. Mais bon, avant d'en arriver a quelques conclusions satisfaisantes, nous avons constate au son de nos gargouillis d'estomac que nous etions encore bien en vie et qu'il etait donc temps d'aller s'en rejouir en mangeant cette pizza au proscuito et a la roquette dont tout le monde disait du bien.