







Notre periple en terre d'Indochine se poursuit au Cambodge, 3e pays sur notre itineraire. La ville de Kratie fut notre premier arret, le temps d'une balade en moto et d'un coucher de soleil. Kratie est une autre de ces villes situees sur les rives sablonneuses du Mekong. Ses couchers de soleil sont particulierement beaux; ils enflamment le ciel au complet qui devient rouge a perte de vue. Perches sur le balcon de notre hotel, un enorme batiment d'architecture coloniale fait de colonnes et d'arches, nous en avons ete les temoins privilegies. Passer par Kratie nous a aussi permis de voir des dauphins d'eau douce, une espece en voie de disparition dont il ne reste qu'une soixantaine d'individus rassembles dans la portion du Mekong qui baigne les villages en amont. Et, dans la lumiere du petit matin, nous sommes alles au marche local voir tous les arrivages de poissons fraichement peches dans le Mekong. Puis nous avons quitte Kratie la paisible pour PhnomPhen la debile. Depuis Bangkok, nous croyions avoir tout vu en matiere de circulation automobile. Mais a cote de sa consoeur cambodgienne, cette derniere a plutot l'air d'une grande fille sage. A PhomPhen, c'est la folie sur deux roues: 3-4-5 personnes qui roulent sur une meme moto, respectant quand bon leur semble le sens de la circulation et les quelques feux. Pour les pauvres pietons que nous etions, se deplacer reprensentait un defi constant. Impossible de marcher sur le trottoir, c'est la que les autos se stationnent; impossible d'attendre les passages pietonniers, il y en a trop peu. Apres quelques seances de pratique, nous en avons conclu que le truc, c'etait de marcher comme s'il n'y avait personne au monde, en faisant completement abstraction des milliers de motos bourdonnant autour de nous. Ainsi, quand nous traversions la rue, nous tentions de le faire avec assurance, en progressant en ligne droite et a vitesse constante. A chaque fois, nous avions l'impression de commettre un suicide, mais a chaque fois, comme par miracle, la masse indistincte de conducteurs autour de nous s'ajustait a notre presence. Neanmoins, nous ne nous sommes jamais adaptes au rythme de PhnomPhen, a sa cacauphonie, sa pollution, sa malproprete. Nous y sommes restes juste le temps qu'il fallait pour visiter le Musee du crime genocidaire. Ce dernier tient lieu a Tuol Sleng, une ancienne ecole transformee en centre de detention et de torture par les hommes de Pol Pot. Au courant des trois annees et demi que dura le regime des Khmers rouges, 2 millions de Cambodgiens perdirent la vie, que ce soit par la torture, l'execution, les travaux forces et la famine. C'est, toute proportion gardee, plus important que le genocide nazi. La devise de Pol Pot etait simple, sans equivoque: il vaut mieux tuer un innocent que de garder en vie un ennemi. Ainsi, tous ceux qui avaient plus ou moins l'air intellos y passaient, peu importe leur sexe ou leur age. Des cheveux longs ou des lunettes etaient des pretextes suffisants. Comme les Khmers rouges avaient le souci des archives, on peut, 30 ans plus tard, prendre connaissance de l'horreur de leur oeuvre a travers leurs registres et les nombreuses photos qu'ils ont prises. On ressort de la visite profondement degoute, ebranle, en se disant qu'il n'y a pas de limites a la folie meurtriere et a l'endoctrinement. Devant toutes ces images de charniers a ciel ouvert, on s'interroge sur la valeur d'une vie humaine. Attendant toujours que les coupables soient juges (un tribunal a finalement ete mis sur pied en 2006), le peuple cambodgien porte les marques de cette periode sombre de son histoire. Ici, 45% de la population a moins de 14 ans. Le musee a ete cree pour leur rappeler qu'il ne faut pas oublier.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire