jeudi 4 juin 2009

Sapa et ses alentours











A defaut de pousser plus loin le voyage jusque dans le Yunnan chinois, nous voulions absolument aller explorer les environs de Sapa, reputes pour leurs rizieres en terasses si typiques de cette region du monde. Depuis longtemps, quand j'imaginais l'Asie, c'etaient ces paysages que je voyais dans ma tete. Pour finir notre voyage en beaute, nous nous etions donc garde 5 pleines journees pour aller les voir de nos yeux et par le fait meme decouvrir un autre Vietnam, celui des ethnies montagnardes qui peuplent la region. Apres 4 mois de voyage, c'etait comme une grosse cerise sur un gros sundae. Pourtant, des rizieres, on en avait vues une puis une autre depuis notre arrivee en Asie. Mais, voyager sur ce continent nous a appris que chaque riziere ne se resemble pas. Celles de Sapa sont a ranger dans une classe a part. Elles sont plus impressionnantes, leur contour est plus nets. Elles occupent des valles entieres, s'accrochant aux versants des montagnes qui surplombent des rivieres en contre-bas. Elles sont aussi plus gracieuses, temoignant d'un savoir-faire different, honorable. A les voir dans toute leur etendue, on peine a croire que des hommes disposant des moyens les plus rudimentaires puissent parvenir a un resultat si parfait, si harmonieux. On est dautant plus epates de savoir que pour etre convenablement irriguees, c'est-a-dire pour se deverser dans les terrasses inferieures, ces rizieres doivent etre parfaitement horizontales. Chaque vallee, avec ses propres cours d'eau, pics rocheux et montagnes, offre un panorama different et unique. Aussi fut-il tres facile d'occuper nos 5 journees a partir a leur devouverte, en moto ou en bottes de marche. En fait, pour etre plus juste, il faudrait dire 5 demi-journees car dans le nord du Vietnam, les moussons ont deja commence a se faire sentir. Il pleut pratiquement tous les jours, les percees de soleil sont rares et les nuages omnipresents, obstruant d'un voile epais la cime des montagnes. Aussi avons-nous du composer avec cet inconvenient et occuper une partie de notre temps a lire, a mediter sur la fin de notre voyage et a trainer dans Sapa. Mais nous ressentions un pressant besoin de fuir ce gros village ou nous risquions a tout instant d'etre assaillis par des femmes Hmong determinees a vendre leurs objets artisanaux, quitte a se montrer grossierement harcelantes. Le piege qui guette le touriste est de se faire assaillir par 3 ou 4 de ces dames dont la tactique consiste a se planter devant lui et a exhiber leurs differents items en repetant a un rythme regulier les seuls mots d'anglais qu'elles connaissent: "want to buy for me?". Apres cette entree en matiere, elles ne lacheront pas leur proie, la suivant ou qu'elle aille, ne se genant pas pour l'escorter dans sa seance de leche-vitrine, laquelle, tout compte fait, ne lui tente plus tellement. On aurait tendance a croire que la victime s'achetera la paix en achetant a ses assaillantes un quelconque cossin. Mais non, ce geste attise leur faim, elles y voient le signe qu'il y a des sous quelque part et que leur temerite finira par rapporter. D'ailleurs, acheter a l'une, c'est signer un contrat avec les autres. Mauvaise strategie. Il n'y a en fait qu'une seule solution efficace: fuir jusqu'a sa chambre d'hotel et y rester. Comme quoi le developpement touristique apporte son lot d'inconvenients. Heureusement, on trouve encore dans les campagnes, a l'ecart du tourbillon touristique, des Hmong et des Dao qui ne s'abaissent pas a ce genre de comportement et qui preferent se mettre en valeur par l'echange et la jovialite. Tsai, que nous avons rencontree lors de notre randonnee dans la valle de Muong Hoa, est l'une de ces personnes. Cette femme d'ethnie Hmong noir a eu la gentillesse de nous guider dans une foret de bambous ou l'enchevetrement des sentiers rendait la route a suivre tout sauf evidente. Au totale, elle aura marche 1 heure avec nous, acceptant avec une sincere reconnaissance l'argent que nous lui avons offert pour ce service rendu et nous gatant de cadeaux et d'explications sur la culture locale pour nous remercier. Son anglais etait rudimentaire mais son sourire, laissant entrevoir une dent doree, sans equivoque. Une gentille personne vraiment. Mais Tsai etait aussi une elfe. Alors que nous marchions comme deux lourdeaux dans ce sentier argileux, chancelant, derapant sans cesse et couvrant nos bottes de boue, Tsai elle, avec ses modestes gougounes et son panier de bambou bien charge, semblait flotter a la surface du sol et evoluait sans la moindre difficulte. Nous avons meme constate avec admiration que ses orteilles etaient restees parfaitement propres tout au long de la randonnee. Une prouesse de sa part, un mystere pour nous. Par ailleurs, c'est a Sapa que nous avons fait nos dernieres escapades en moto. Sans le moindre merite, nous avons franchi le plus haut col montagneux du pays, celui de Tram Ton, les fesses confortablement ecrasees sur une Honda Wave 100cc. Situee a 2047 metres, ce col qu'on surnomme aussi la "porte du ciel", constitue le point culminant de l'une des plus belles routes panoramiques du Vietnam. On peut y contempler des paysages spectaculaires constitues de montagnes tres apiques et de chutes qui deboulent sur leurs versants dans des trajectoires on ne peut plus vertigineuses. Mais l'endroit nous a aussi frappes pour ses conditions climatiques tres hostiles: vents violents, humidite percante, temperatures carrement frettes. Habituellement, quand nous nous rendons a une telle altitude, c'est que nous sommes en randonnee: nous marchons, nos corps sont actifs et produisent de la chaleur. Rien a voir avec le role du motocycliste qui laisse sa machine faire le travail. Nous nous sentions bien vulnerables sous nos petits casques et fort mal equipes avec nos minces coupe-vent pour faire face a la rigueur de ce climat de montagne. Notre balade du lendemain, en pays Dao, nous offrit des conditions plus clementes. Nous avons meme eu la chance de voir le soleil se pointer le bout du nez pour innonder de sa lumiere les rizieres qui etaient d'un vert eclantant ce jour-la et encore plus belles que les jours precedents. Nous nous sommes sentis privilegies de pouvoir profiter de cette fenetre de beau temps avant notre depart. Mais sur le chemin du retour, nous avons tout deux ete pris d'un elan de nostalgie en prenant conscience que nous vivions nos derniers instants de decouverte en Asie. Dans quelques minutes nous serions a l'hotel, dans quelques heures a Hanoi et dans quelques jours au Quebec. Nous nous appretions a retourner en terre connue. Derriere nous ce sentiment d'excitation, auquel nous carburions depuis un moment, a l'idee de partir explorer. Les quatre derniers mois nous avaient impose un rythme qui nous convenait bien. Bientot, il faudrait revenir a la realite. Snif.

1 commentaire:

Celine a dit…

Salut Dou,

J'imagine qu'une fois a Cha Pa vous allez gravir le mont Fansipan, la plus haute montagne du Vietnam? Au nord de Cha Pa il y a de magnifiques rizieres en terrasses et a l'ouest de la ville on y trouve une foret de bamboo. Sur la 151,passe Cam Duong, apres l'embranchement ouest qui mene a Cha Pa,il y a la ville ou le gros village de Lao Cai avec son pont qui enjambe la frontiere vers la Chine. Avez-vous ou allez-vous visiter ces sites??? Je te suis presque pas a pas sur Google Earth et en grossisssant les photos a l'extreme je crois t'apercevoir avec Jacques ( hi,hi ). Decidement il est temps que tu reviennes...
PaX